Pendant 30 ans, la cause des femmes en politique oubliée.

By asfep
A la fin des années 60, on constate une puissante aspiration à l’égalité. Cette aspiration est internationale. Les classes moyennes revendiquent de plus en plus des valeurs dites “post-matérialistes”(aux valeurs et aux attitudes non-matérielles). Aussi, Mai 68 critique violement la société industrielle et sa rigidité.  Des mouvements radicaux vont naitre de ces nouvelles contestations. Les décennies qui vont suivre Mai 68 sont essentielles dans l’histoire de la Femme, mais ont eu tendance à oublier l’égalité des sexes en politique, notion, qui, à l’époque, n’existait pas. Revenons sur cette période.

Tout commence une belle journée de 1970. Le 26 août, plus précisément. 9 femmes déposent une gerbe pour la mémoire de la femme du soldat inconnu, sous l’Arc de Triomphe. Ce geste ironique n’est pas apprécié des autorités. Les femmes sont immédiatement arrêtées, et lors de leur garde à vue, elles créent le Mouvement de libération de la Femme Française, le fameux MLF.

Le MLF dénonce principalement le système patriarcal*. Un système archaïque, nous en convenons tous. On remarque, dès lors, la volonté de différenciation du MLF avec ces prédécesseurs. Au moment de la première vague (avant la 2nd Guerre Mondiale), les féministes prônaient l’ « émancipation de la femme », et au moment du Baby Boom, on dénonce l’exploitation de la femme. Le sexisme (mot créé pour l’occasion) est comparé au colonialisme, au capitalisme. Rappelons que le MLF est issu de l’extrême gauche. De ce fait, on retiendra cette phrase : « Levons-nous femmes esclaves, brisons nos entraves, debout ! ». Karl Marx et Engels revendiquaient déjà, en leur temps, l’égalité des sexes, du moins la famille bourgeoise.  Les appuis de ces nouveaux mouvements sont des intellectuelles et les femmes de la classe moyenne s’expriment dans l’émission de Menie Grégoire sur RTL. La premiere victoire des féministes est de pouvoir parler des sujets tabous jusqu’alors comme la ménopause, les règles, etc.

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“Nous ne sommes pas des poupées”, le slogan principal des mouvements féministes des années 60

Beaucoup d’autres mouvements se créent, mais aucun n’a de doctrine précise. C’est le point faible des mouvements de l’époque. On tire sur tout. Aussi, ces mouvements ne sont pas mixtes, ce qui bien entendu, va alimenter les fantasmes misogynes. Les premières oppositions à ces mouvements sont … des femmes ! Celles qui n’appartiennent pas à la  « génération 68 ».

Peu à peu, les mouvements prennent des tournures radicales. C’est « la guerre des sexes ». On refuse le terme de “fraternité”, et on crée le terme de “sororité” (synonyme de fraternité mais construit sur le radical de soeur et non pas frère). Les pamphlétaires accusent les féministes d’être lesbiennes, d’avoir une agressivité castratrice. Jean Lartéguy écrit dans Lettre adressée aux bonnes femmes  que « parce qu’elles n’en ont pas, les femmes veulent aujourd’hui qu’on coupe leurs génitoires aux hommes, au nom de l’égalité des sexes ». On accuse également les femmes de vouloir créer un « homme nouveau »

Cependant, petit à petit, les mouvements perdent les appuis qu’ils avaient dans la gauche. On leurs reproche d’être trop bourgeois, « trop rive gauche ». Il est vrai que les meneuses des mouvements sont des intellectuelles, des artistes, des fraîches diplômées des grandes écoles, dont les bancs se féminisent enfin. Les mouvements sont personnifiés à travers des figures telles que, selon le magasine “ELLE” du 5 août 1974, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, ou Gisèle Halimi. Certains ne se retrouvant pas dans ces figures n’adhèrent pas au mouvement. C’est regrettable.

Les mouvements perdent des soutiens également parce qu’ils ont une vision relativement manichéenne de la société. On se rappelle de l’affiche du MLF dans les années 80 qui dit « cet homme est un violeur, cet homme est une homme »

Même si le MLF est de moins en moins apprécié pour sa radicalité, et qu’on évite de dire que l’on en fait partie, les « mouvements des femmes » jouissent d’une certaine sympathie de l’opinion publique, notamment grâce à des acquis législatifs. En 1974, on crée un Secrétariat d’Etat à la Condition Féminine. L’année 1975 est proclamée par l’ONU année de la Femme. Et en 1981, un Ministère des Droits de la Femme voit le jour.

Le féminisme de la seconde vague prône aussi la libération du corps. Ainsi les anti-féministes sont renvoyés dans le camp des conservateurs. Les féministes veulent l’accès à la contraception. On obtient alors la loi Neuwirth en 1967 qui autorise la contraception, mais pas l’avortement, qui sera autorisé, lui avec la loi Veil de 1975. Cependant, on a souvent oublié que ces avancées n’émanaient pas des féministes. Ceci tient selon Christine Delphy de l’antiféminisme ordinaire.Un autre succès de la « libération sexuelle » est la loi sur l’autorité parentale de 1970, qui ébranle la « puissance paternelle ».

La libération touche aussi la publicité, qui prend une nouvelle tournure vers 1980. Grâce à plusieurs tentatives ministérielles contre le sexisme dans la publicité on obtient une loi en 1985 qui interdit ce dernier, au grand damne des lobbies publicitaires. C’en est donc fini des pubs  « bien pensantes » des « Trente Glorieuses », comme Moulinex qui « libérait la femmes ».

Tout le monde le sait “Moulinex libère la femme”

On remarque néanmoins une démobilisation à partir de 1980. Les femmes sont satisfaites des acquis. Leur statut a changé, et leurs droits également. La démobilisation est due à plusieurs facteurs comme  le repli sur soi (début des 20 piteuses, après le choc pétrolier de 1973), et beaucoup de mouvements sont critiqués pour leur indifférence par rapport à  la politique, l’économie, le réel en quelque sorte… Enfin, les mouvements ont une image médiatique critiquable. 

Au milieu des années 90, notre noble cause va connaître un nouveau souffle.

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