Archive de la catégorie «3. Les femmes prises dans un étau»

L’antiféminisme, une crise identitaire?

mars 2, 2008

Avant de s’attaquer à l’antiféministe, il serait bon de définir le féministe.C’est Alexandre Dumas (fils) qui a utilisé le mot “féministe” le premier, dans un pamphlet à la fin du XIXème siècle. Un féministe était un sujet qui souffrait d’une féminisation pathologique. Autant dire, que “féministe” allait devenir un terme péjoratif. Cette définition souligne néanmoins la peur principale des antiféministes, à savoir l’indifférenciation des sexes. Le député radical Lafagette dira, d’ailleurs, en 1925 “le féminisme, c’est à dire cette confusion des sexes qui tend non plus à l’équivalence des genres*, mais à leurs identités. Cette peur est renforcée par la mode vestimentaire des années 20-30: la Garçonne. Cette mode est incarnée en partie par des homosexuelles.

le-matriarcat-caricature.jpg
Le matriarcat caricaturé, ou les conséquences de l’émancipation de la femme

Ainsi la lesbophobie et l’antiféminisme vont se rejoindre, et on vaconsidérer unanimement le féminisme comme contre-nature et immoral.On accuse les féministes d’être responsables du désordre des moeurs. Ces dernier prônent, en effet, au début du siècle la stérilité volontaire: le droit à la femme de disposer de son corps… Comme, à l’époque, l’évolution du rôle* de la femme est rapide, quelques soient les genres, et que la France connaît un grave déclin démographique, les antiféministes tentent d’enrayer ces nouvelles idées.  

Cependant, si l’antiféminisme est synonyme d’angoisses réelles, on peut se demander s’il est uniquement identitaire ?

La société française, une société sexiste?

mars 2, 2008
Pour ne pas tomber dans les accusations gratuites, prenons un exemple concret : Les Etablissements publics de coopération intercommunales (EPCI):
 epci.jpg 
On constate ici, que 56.1% des EPCI, regroupant moins de 5 000 habitants, ont comme directrice administrative une femme. Alors que seulement 4% des EPCI regroupant plus de 200 000 habitants ont une femme comme directrice. Le constat est clair : plus les EPCI sont importantes, moins il y a de femmes à leur tête. Pour Janine Mossuz-Lavau, cela est du au fait que « dans les petites structures où le poste de direction administrative implique un travail d’administration générale et de secrétariat, on fait volontiers de la place aux femmes »,  alors que quand les tâches deviennent politiques ou se tournent vers le management, on fait appel au « sexe fort ». Le seul, le vrai, l’unique!

Si on s’attarde un peu plus sur le tableau, on remarque que la part de femmes présidentes pour les EPCI oscille toujours entre 3% et 6% environ. La femme n’a donc pas l’honneur d’avoir les honneurs…Il est, nous l’admettons, exagéré de dire que la France est sexiste. Comme tous les pays du sud de l’Europe, la culture est légèrement machiste. Et nous bénéficions aussi de la culture gréco-latine, où la place de la femme est Ô combien enviable : au gynece !

La France a également derrière elle un long passé rural qui a beaucoup influencé la politique. En effet, on sait que le Sénat a longtemps été conservateur car majoritairement élu dans les milieux reculés, ruraux, parfois sceptiques faces aux nouvelles idées. Il n’est pas nécessaire de préciser qu’à 6 reprises le Sénat a refusé de voter la proposition de loi en faveur du vote féminin, alors que l’Assemblée nationale avait voté majoritairement pour, dans les années 1930. C’est la raison pour laquelle depuis quelques années, nous soutenons les diverses lois qui visent à faire évoluer ces mentalités très françaises, d’un autre temps, semble-t-il. 

Nos amis les hommes ont dit. . .

mars 2, 2008
Petit retour en arrière sur les elections présidentielles de 2007… l’opposition finale entre Nicolas Sarkozy et (quelle grande surprise) Ségolène Royal! Sans considérer son appartenance politique, voici enfin une femme qui a les capacités de rivaliser avec un homme et qui est à deux doigts de devenir présidente de la République! Oh quel beau symbole: une image féminine à la tête de la France, du jamais vu ! Mais voilà dans tout débat, il y a des opposants… et dans ce débat opposant en l’occurence un homme à une femme, les échanges et les remarques n’ont pas été uniquement a but politique (malheureusement l’instinct machiste prend le dessus quoi qu’on fasse!). Voici donc quelques “perles” de nos amis les hommes à ce propos:

  • Jean Luc Mélanchon, homme politique socialiste: “ce n’est pas un concours de beauté”. Voici donc une petite réplique fort sympathique, sous prétexte que Ségolène Royal est une femme au physique avenant, on la réduit à son apparence. Bien trouvé Monsieur Mélanchon! 
  • Laurent Fabius: “Qui gardera les enfants?”. Cette petite pique assez savoureuse réduit notre candidate à son statut de mère, ainsi quand on est mère, devrait-on oublier nos droits de femmes?
  • Un journaliste de France Info demande à la présidente du conseil général du Poitou-Charente: “si elle sollicitera l’autorisation de François avant de se présenter?”. Notons au préalable que depuis 1966 les femmes peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari… Pour un journaliste, avoir ce genre de propos, ça fait alors un peu… déplacé!
  • Enfin nous avons des hommes  ayant des fonctions importantes tel que Stéphane Rozès, de l’institut de sondages CSA ou François Miquet-Marty, de Louis-Harris, qui avancent des propos sur les compétences de Madame Royal sur les responsabilités sociétales, l’économie budgétaire nationale ou encore la politique nationale… compétence qu’elle n’aurait pas étant donné que c’est un milieu soi disant “réservé aux hommes” et comme dans tout milieu masculin il est difficile pour nous les femmes d’y avoir une présence crédible…

Conclusion: notre femme candidate à la présidence est une mauvaise mère qui abandonne sa famille, superficielle de surcroit, soumise à son mari et qui ne sait pas mener une politique aboutie… 

Ajoutons cependant que toutes insultes à caractère sexiste est puni par la loi grâce à l’amendement que les associations féministes et anti-homophobes ont obtenu en décembre 2004.

C’est un fait: les femmes s’engagent moins facilement que les hommes en politique…

mars 2, 2008
Souvenons-nous d’un article précédent concernant Ségolène Royal et le déchaînement des passions masculines subies tout au long de sa campagne et même par la suite… Finalement, ces hommes n’ont pas tellement tort! Il y a bien des inégalités! Eh oui Messieurs la parité homme/femme c’est pas gagné, sûrement l’aviez-vous remarqué? Voici quelques chiffres qui vous parleront sûrement plus!  

Parlons tout d’abord de la vie de famille, première étape: bébé débarque; deuxième étape: 6 mois plus tard (après la naissance) 29% des femmes n’ont plus d’activités associatives, contre 17% des hommes. Ah! la vie de famille serait donc plus prenante pour une femme que pour un homme? En effet, malgré l’abdication du statut* du père de famille autoritaire et respecté depuis les années 1970, le statut de la femme quant à lui a peu évolué… Enfin si, les femmes travaillent et la femme d’intérieur se tourne de plus en plus vers une vie à l’extérieur! Du moins essaye, puisqu’en plus de ce nouveau statut les femmes conservent bel et bien un statut qui font d’elles avant tout des mères de famille.

Eh oui, mère de famille! En voici certes un beau rôle que celui de donner la vie (et ça messieurs vous pourrez toujours nous l’envier!) et de s’occuper avec amour et tendresse de ses enfants! Mais voilà, si je vous dis “mère de famille”, je ressens déjà votre fort inconscient parler: mère de famille = enfants = manger = cuisiner = pot de yaourt renversé = s’occuper du lave-linge = vêtements à repasser (eh oui, votre inconscient fait preuve d’une rapidité de réaction hors pair!). Tout cela fait bel et bien parti des moeurs quotidiennes, pas uniquement celles des machos primaires, puisque les femmes consacrent en moyenne 3h30 par jour aux tâches ménagères, contre 2h par jour pour les hommes.

Ainsi, tout à fait logiquement me direz-vous, le temps qu’une femme consacre à sa “vie familiale”, c’est le temps qu’elle ne consacre pas à sa vie professionnelle. Ce temps pouvant lui apporter un certain épanouissement dans sa vie de femme. C’est alors que les portes des métiers qui touchent à la politique se ferment. En effet les métiers liés à la politique demande un grand investissement  et beaucoup de déplacement, ce qui rend alors difficile de concilier vie familiale et vie professionnelle… Conscientes de ce problème, les femmes, à la base, s’engagent beaucoup moins que les hommes en politique.

Parallélement, à défaut de s’engager politiquement, les femmes hésitent moins à intégrer les associations, peut être, alors, plus proches de leurs préoccupations.

sexisme-a-lembauche.jpg
Caricature de Plantu qui met en évidence les préjugés sexistes de certains employeurs qui reflétent les moeurs de la société en général

Une évolution des normes et valeurs difficile

mars 2, 2008
Comme énoncé dans un précédent article, la France est restée relativement patriarcale*, contrairement à ses voisins européens. Si la tendance commence à se nuancer, elle reflète néanmoins une évolution lente des normes* et des valeurs* de la société.Nous sommes tout de même le premier pays à instaurer des mesures coercitives pour laisser une place aux femmes dans la vie politique. Fichtre! Alors pourquoi en arrive-t-on à des mesures coercitives ?
Peut-être parce que la théorie d’Emile Durkheim (1858-1917) n’a pas fonctionné. Selon ce père de la sociologie, les lois qui existent sont le reflet des moeurs. Ainsi les lois découleraient de la conscience collective et des pratiques sociales. Durkheim* dit même “les moeurs ne peuvent être que la base du droit et le désaccord n’est que de l’ordre de l’exception”. Voila, nous y sommes ! La France est l’exception… Cette fameuse spécificité française! La loi sur la parité a pour but de forcer les mentalités à évoluer. Cette loi est le fruit d’une minorité, d’une culture dominante, qui veut forcer la culture populaire à évoluer. Il se crée, donc, un conflit entre les normes sociales et les normes juridiques. Les normes sociales veulent influer sur les normes juridiques et vice versa. C’est pourquoi certains partis n’hésitent pas à payer de lourdes amendes, car il ne respectent pas la loi sur la parité. Ainsi aux législatives de 2002, l’UMP a payé plus de 4.264 millions d’euros d’amende, le PS 1.651 million et le PCF seulement 124 139 euros. Ces constations rejoignent ce que nous vous déclarions dans l’article “le féminisme, une affaire de droite ou de gauche ?”, dans le sens où le PCF est “plus féministe”. Par ces amendes, on remarque que la loi n’entraine pas automatiquement un changement de moeurs, et que la loi sur la parité est en parti un échec. Le peuple est toujours souverain !

Aussi, on remarque un “antiféminisme ordinaire*” qui montre que la culture populaire, légèrement misogyne, évolue difficilement. On pense aux catalogues de jouets, où le cadeau idéal pour la fille est une cuisinière et pour le garçon un établi.

jouets-sexues.jpg
Dès la socialisation primaire, les enfants sont initiés à un système inégalitaire

On pense également quand on parle d’antiféminisme ordinaire aux remarques discrètes presque anodines, comme celles à l’encontre de Ségolène Royal. La langue française fait aussi partie de cet antiféminisme ordinaire. Il existe une distinction à l’état civil entre une femme mariée célibataire, qui n’existe pas pour les hommes. De plus, rappelons que la féminisation des noms de métier peut parfois être perçue comme ridicule. Par exemple, certains fonctionnaires du Conseil d’Etat ont le grade de “maîtres des requêtes”, et bien on aurait difficilement vu des femmes s’appelaient “maîtresses des requêtes”.  Enfin, les médias véhiculent souvent, implicitement des remarques misogynes.

La France n’a donc pas tout à fait passé le cap du patriarcat. Si cette désuétude contribue à son charme, cela reste un défi que nous devons relever ensemble !